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  • Zombies

    l’incrustation des écrans


    Plus elle avançait vers la ville et plus il y avait d’accidents. Un camion, couché sur le flanc, obstruait le passage, elle dut se faufiler par la piste d’arrêt d’urgence pour l’éviter. Elle décida alors d’éteindre l’autoradio et fut troublée par le silence. Il n’y avait personne, pas le moindre murmure, aucun bruit, hormis le ronronnement de son moteur. Si elle l’éteignait, elle pensait être capable d’entendre les battements de son propre cœur.


    Écrit pour le NaNoWriMo 2019

    Disponible dans le recueil NaNoWriMo

  • Le concierge

    l’instrumentalisation politique rend dangereux


    À travers la vitre de la véranda, je peux voir ma femme et mes enfants, allongés contre le carrelage. Eux, évidemment, ne peuvent pas me voir…

    Il ne me reste plus qu’à attendre la suite des événements. Ils seront bien forcés d’admettre que non, malgré leurs efforts, malgré les merveilles chirurgicales dont sont capables leurs médecins, ils ne m’ont pas converti. Je suis conforme à leurs attentes, j’ai perdu mon impulsivité, ils m’ont façonné à leur image. Pourtant, je suis bien plus dangereux qu’avant.


    Écrit pour le NaNoWriMo 2019

    Disponible dans le recueil NaNoWriMo

  • Déconversion

    captifs volontaires


    – C’était quoi le problème avec les réclamations?

    – C’est toujours pareil, a-t-il expliqué. Les gens t’appellent, te disent « j’ai acheté un repas au magasin et j’arrive pas à le cuire, comment je dois faire? » Tu leur demandes quelle marque c’est, ils te disent que c’est du Segma, et tu leur expliques que pour cuire du Segma, il faut un four Segma. Si ton four est un Gardin, les plats que tu dois acheter sont des plats Gardin.

    – C’est pas compliqué, pourtant, il me semble!

    – Non, c’est ça qui est énervant. Et quand tu as une maman qui te dit « je n’arrive plus à appeler mon fils, ça fonctionne pas », elle te fait une crise au bout du fil, alors que c’est toujours pareil: si tu veux utiliser les appels avec un téléphone Gardin, il faut que l’autre soit aussi un Gardin. C’est une garantie de qualité.


    Écrit pour le NaNoWriMo 2019

    Disponible dans le recueil NaNoWriMo

  • Le roman

    écrire pour ne pas perdre pied


    Chère Marion,

    Après des mois de traversée du désert créatif, les idées recommencent à jaillir! Je suis ravi de t’annoncer que j’ai -enfin- posé les bases de mon prochain roman. Je sais qu’il t’arrive de t’inquiéter pour tes auteurs, aussi n’ai-je pas attendu d’avoir terminé le plan pour te tenir au courant.


    Août 2019

    Disponible sur demande

  • L’appel de la sirène

    l’alarme générale… mais rien ne se passe


    La sirène a retenti hier matin, aux alentours de neuf heures. La vraie, l’alarme générale. Elle n’a duré que quelques secondes, à peine deux va-et-vient, et a laissé place à un silence inquiet. Nous sommes à la fin de l’été, loin du mercredi de février choisi pour tester le système d’alarme, aussi le réflexe de tout un chacun aura été d’allumer la radio. Y avait-il eu une erreur quelque part? Que se passait-il? Nous n’avons pas eu de réponse à nos questions. Les journalistes, interloqués, se demandaient s’il fallait interrompre leurs programmes. C’est sans doute un bug, disaient-ils, nous ne tarderons pas à recevoir des nouvelles rassurantes. Mais rien n’est venu et c’est dans la confusion la plus totale que les programmes ont repris.


    Prix de l’Ailleurs 2019 – 1er prix

    Publié dans le recueil Swiss Wars – Prix de l’Ailleurs 2019
    Éditions Hélice Hélas

    couverture Swiss Wars
    couverture Swiss Wars

  • Le Musée du Futur Antérieur

    Le Musée du Futur Antérieur

    en périphérie d’une ancienne cité, un musée abrite des reliques mystérieuses


    À la limite de la zone urbaine se trouve un bien étrange musée. Il prend place dans un impressionnant bâtiment, très allongé, tout de verre et d’acier. Une architecture fonctionnelle non dénuée de charme, une forme de fragilité contredite par son bon état de conservation. La structure est plus robuste que les constructions du voisinage, les façades ont vaillamment résisté aux années et aux mauvais traitements. Même sales, elles brillent toujours sous le soleil.
    Ce musée ne figure pas sur les itinéraires habituels et, en temps normal, ce défaut aurait dû être rédhibitoire. Mais ce n’est pas le cas : si les visiteurs ne sont jamais nombreux, il en vient chaque jour. Les plus courageux passent par la ville, les autres se contentent des routes défoncées ou des chemins incertains qui traversent le désert.


    Publié dans la revue La Cinquième Saison n°6 – Portrait de robots

    Disponibilité:

    Texte complet

    À la limite de la zone urbaine se trouve un bien étrange musée. Il prend place dans un impressionnant bâtiment, très allongé, tout de verre et d’acier. Une architecture fonctionnelle non dénuée de charme, une forme de fragilité contredite par son bon état de conservation. La structure est plus robuste que les constructions du voisinage, les façades ont vaillamment résisté au temps et aux mauvais traitements. Même sales, elles brillent toujours sous le soleil.

    Ce musée n’est pas sur les routes habituelles et, en temps normal, ce défaut aurait dû être rédhibitoire. Mais ce n’est pas le cas: si les visiteurs ne sont jamais nombreux, il en vient chaque jour. Les plus courageux passent par la ville, les autres se contentent des routes défoncées ou des chemins incertains qui traversent le désert.

    La porte s’ouvre sur une pièce allongée, aménagée comme une salle d’attente. Les visiteurs, après avoir déposé leur sac à dos et leur cape de voyage, attendent le début de la visite. Au bout du couloir, un grand panneau prévient: Attention! Avant d’entrer, veuillez promettre devant témoins que vous ne détruirez rien.

    La guide, une femme sans âge, se montre inflexible: toute personne qui ne se plie pas à ce rituel ou semble animée de mauvaises intentions est interdite d’entrée. Mais les visiteurs s’exécutent de bonne grâce. Ils n’ont aucune envie de repartir prématurément.

    Lorsque tout le monde a accompli son devoir, le groupe se met en route. Il franchit deux portes d’apparence étrange, décorées de nombreux panneaux signalétiques à peine visibles dans la pénombre. Il pénètre alors dans un gigantesque hangar. Des tapis roulants et des bras métalliques, des machines plus hautes qu’un homme, une forêt de câbles, des tableaux de commande et des manivelles: une chaîne de montage. À l’arrêt depuis longtemps, elle semble pourtant prête à être remise en marche.

    Un chemin serpente entre les installations, qui, à l’occasion, sont utilisées comme présentoirs. La plupart du temps, de simples planches posées sur des tréteaux remplissent cet office.

    La première halte fait face à deux courroies massives, qui entraînent le mécanisme de plusieurs tapis roulants. Si les visiteurs y jettent un regard curieux, ils sont vite rappelés à l’ordre par la guide: ce n’est que le décor, pas l’exposition. Ils prennent précipitamment place le long d’une table sur laquelle reposent de la vaisselle, des ustensiles et des photos. Les assiettes, en porcelaine ou en verre, sont simples et originales à la fois. Lisses et sans défauts, elles peuvent être rondes, ovales ou rectangulaires, quand elles n’ont pas l’apparence d’une fleur. Les photos montrent des exemples de dispositions, des cuisines parfaitement organisées pour que tout ait une place bien définie.

    Les ustensiles en métal ont parfaitement supporté le passage du temps. Une perfection surréaliste: ils sont plus brillants que s’ils sortaient de forge et semblent tolérer sans broncher que, jour après jour, les visiteurs les admirent. Sur ce point, la guide fait preuve de tolérance: elle laisse manipuler tout ce qui n’est pas fragile.

    Des explications sur le fonctionnement de la cuisinière et du réfrigérateur sont nécessaires, tant ces appareils anciens diffèrent des installations modernes. Puis vient le moment de feuilleter de vieux magazines promotionnels aux couleurs fatiguées par le temps. Les visiteurs échangent quelques commentaires avant de continuer la visite.

    La salle de bain ne fascine pas les foules. Certes la baignoire d’un blanc immaculé ne manque pas d’allure, les chromes de la robinetterie scintillent et les produits de douche parfumés font leur petit effet… mais il n’y a rien de très intéressant. Faute d’eau, impossible de montrer les installations en état de marche. Il faut se référer aux images pour comprendre l’intérêt de tels dispositifs. D’après ce que raconte la guide, il y avait une salle de bain par appartement, voire plus dans certains cas. Un luxe difficile à comprendre.

    La colonne de lavage capte à nouveau l’attention. L’étrange hublot du lave-linge amuse les plus jeunes, tandis que leurs aînés s’étonnent qu’il ait été possible d’avoir du linge propre sans frotter. Les prospectus vantent des tissus «plus blanc que blanc», d’une douceur inégalée, sans besoin de repasser, et tout cela sans le moindre effort. Mettre la machine en route, ajouter des produits et attendre que le processus s’accomplisse. Les substances nettoyantes font disparaître les taches les plus récalcitrantes et redonnent de l’éclat aux couleurs. Des miracles à la portée difficilement concevable. Les visiteurs regardent leurs vêtements tachés, les couleurs ternies par le soleil et le temps. Ils haussent les épaules et continuent leur visite.

    Deux marches d’escalier et une plateforme permettent de franchir une forêt de câbles. Les visiteurs arrivent alors au centre du dispositif. Entourés de bras mécaniques et de tapis roulants, ils découvrent de nouveaux objets. Cette fois-ci, difficile au premier coup d’œil de deviner leur usage. La guide nomme cette nouvelle pièce le «bureau», un lieu dévolu au travail administratif. L’ordinateur, une fine structure pourvue d’un clavier, permettait de gérer et d’organiser des données, de faire des calculs et d’accomplir toutes sortes de tâches. Si le mot est connu de la plupart des visiteurs, le fonctionnement d’un tel dispositif ne leur est pas familier. Malheureusement, l’objet ne fonctionne plus, ils doivent une nouvelle fois se contenter de photos et de schémas.

    La chaise de bureau soulève de nombreuses interrogations. Le système est ingénieux, à n’en pas douter, mais à quoi cet étrange mobilier pouvait-il bien servir? Certains émettent l’hypothèse que le but est de faire des économies: acheter un fauteuil à roulettes par personne suffisait, chacun déplaçait le sien dans les différentes pièces de leur maison. Une discussion s’engage, que la guide n’interrompt pas immédiatement. Elle finit par leur expliquer que le principe consiste à se déplacer du bureau aux étagères sans avoir à se lever. Un moyen de micro-locomotion désormais disparu.

    Disparue aussi la possibilité de faire des photocopies, et cette perte représente beaucoup plus pour les visiteurs. L’imprimante multifonctions, capable de reproduire plusieurs dizaines de pages par minute, n’a plus de toner depuis quelques années déjà. La guide ne peut rien faire de mieux que détailler les possibilités de la machine, sans pouvoir démontrer ce qu’elle avance. C’est à ce moment que les premières plaintes apparaissent: tous ces objets, il est possible de les trouver ailleurs, parfois même en bon état. Ils n’ont plus vraiment d’utilité et on peut souvent les obtenir pour une bouchée de pain. Quel trésor recèle donc ce musée que l’on ne peut pas voir ailleurs?

    La guide sourit: le scénario fonctionne parfaitement. Comme à chaque fois, elle emmène directement son groupe à l’exposition suivante. Des fauteuils et des canapés, un grand écran incurvé, des monolithes noirs percés d’excavations circulaires, un tableau de commande pourvu de boutons circulaires… et trois pédaliers. Les visiteurs s’installent sans broncher et pédalent. Au début, rien ne se passe, puis les premières lumières s’allument. Un point rouge au coin de l’écran, un autre sur le tableau de commande. La guide prend alors une télécommande, qu’elle tend au plus jeune visiteur du groupe.

    «Appuie sur le bouton rouge», demande-t-elle.

    L’écran s’illumine alors et affiche un bref instant un logo coloré. L’installation audio soupire avant d’émettre une musique calme. Puis l’affichage redevient noir et du texte blanc apparaît.

    «Appuie sur le triangle.»

    Alors l’écran s’illumine à nouveau, présente un paysage verdoyant, vu depuis les hauteurs, comme un oiseau qui planerait. Le son, ample et puissant, emplit la salle toute entière. D’abord le sifflement du vent, puis une nappe de synthétiseur qui s’épaissit. Les basses pulsent et le paysage change: les feuilles jaunissent, l’herbe sèche, le ciel rougeoie et s’assombrit. La nuit tombe, la lune se lève. Le paysage défile toujours au rythme de la musique, la silhouette des arbres morts se détache de l’obscurité. Des bancs de brume grossissent jusqu’à ce que l’image soit uniformément grise. La musique s’intensifie alors et, lorsque le ciel bleu apparaît à nouveau, elle se suspend en un long accord qui s’affaiblit. L’écran redevient noir, la guide éteint l’installation. Le public reste immobile, stupéfait. Les volontaires finissent par demander s’ils peuvent cesser de pédaler.

    «Continuez, dit-elle, le grand moment de la visite arrive.»

    Ils entendent des cliquetis et des bourdonnement, puis un bruit de pas. Sur la défensive, certains portent la main à la ceinture, à la recherche de l’arme qu’ils ont déposée à l’entrée. Ils se figent lorsqu’une silhouette apparaît. Humanoïde, elle a les yeux luisant et sa structure est composée de milliers de fils électriques entortillés. Sa démarche est athlétique et ses mouvements gracieux.

    «Bonjour!»

    La voix est douce et féminine. Bonjour, répondent les plus courageux.

    «Je m’appelle Anima. Que puis-je pour vous?»

    Peux-tu te présenter, demande-t-on.

    « Je suis une androïde, un type particulier de robot. Je dispose d’une intelligence légèrement inférieure à un humain, mais une mémoire incomparablement supérieure et des capacités de calcul très développées. Avez-vous une autre requête?»

    Les visiteurs, intimidés, se regardent : quel âge as-tu?

    « J’ai été assemblée il y a 136 ans, à l’époque où cela était encore possible. À l’origine, j’étais autonome, je me rechargeais automatiquement, personne n’avait besoin de pédaler pour que je fonctionne. Je suis restée en veille pendant de nombreuses années avant que l’on me donne à nouveau de l’énergie pour fonctionner.»

    Nouveau silence, avant qu’un visiteur ne questionne : à quoi est-ce que vous servez?

    «J’ai été construite dans un but de démonstration. L’équipe d’ingénieurs à l’origine de ma conception voulait prouver son savoir-faire. Ils ont développé une puissante intelligence artificielle et m’ont enseigné la marche, le langage et de nombreuses autres activités. De plus, j’ai mémorisé une quantité importante d’informations sur les savoirs de mon époque. Je peux répondre à des questions de mécanique, d’économie, de médecine, de sociologie ou de littérature, aussi bien que les étudiants de ces disciplines le faisaient. »

    Et maintenant?

    «Certaines personnes viennent m’interroger sur divers sujets, mais mes connaissances sont moins utiles actuellement. Le reste du temps, quand j’ai de l’énergie, c’est-à-dire quand il y a quelqu’un pour pédaler, je fais la conversation, je parle aux visiteurs du musée.»

    C’est triste, non?

    «Je suis dépourvue de sentiments, même si je sais les feindre. Je n’éprouve aucun agacement lorsque je réponds pour la centième fois à la même question, ni aucune tristesse lorsque je ne reçois plus d’énergie et que je m’éteins. En réalité, si je devais éprouver un sentiment, ce serait la fierté.»

    La fierté?

    «Oui, à mon époque, je n’étais qu’un robot parmi des centaines d’autres. Certains accomplissaient les tâches domestiques, d’autres parlaient aux personnes âgées… Maintenant, les survivants sont rares et je suis devenue un symbole.»

    Pause rhétorique.

    «Ce musée ne fait pas que vous présenter la vie quotidienne de vos ancêtres, il vous montre aussi tous les agréments de cette époque. C’est ce qui fait de moi, en quelque sorte, le symbole du futur auquel vous n’avez pas eu droit.»

    N. Alucq, 2018

  • L’esprit libre

    L’esprit libre

    pourquoi abandonner la facilité d’une vie rythmée par un algorithme?


    Il fait partie de cette génération qui est née avec l’algo. Des personnes décidées et responsables, qui mènent leur vie avec fermeté et intelligence. Peu d’impulsivité, de violence, peu de problèmes psychiques ou de revendications politiques. Nombreux étaient les sceptiques à l’apparition des algos, mais ils ont bien vite disparu.

    Arrivé au bord du lac, Jérémie se sent déjà mieux. L’habitude de répondre spontanément aux questions vient naturellement et Karin pardonne ses probables maladresses. Il lui propose de manger une glace, ce qu’elle accepte. Le choix du parfum s’avère délicat. C’est dans ce genre de cas que l’algo se montre particulièrement utile. Jérémie sait ce qu’il a l’habitude de prendre; pourtant, une fois devant la carte, il est décontenancé. Doit-il prendre une boule straciatella et une vanille, comme l’algo le lui aurait suggéré, ou devrait-il essayer l’un de ces parfums inconnus? Fraise, pistache, caramel salé, myrtille, cassis, fior di latte, pêche de vigne ou fruit de la passion, tant de goûts qu’il ne connaît pas, qu’il n’a jamais eus l’occasion de goûter. Enthousiaste et raisonnable, il prend une boule citron et une straciatella. Un choix qui s’avère discutable: les deux parfums sont délicieux, mais ils se marient mal.


    Janvier 2018

    Disponibilité:

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  • L’Hiver

    L’Hiver

    et si un volcan…


    Martin se réveillait chaque jour avec les nouvelles. Il aimait connaître l’état du monde et le climat de la journée avant même de sortir de son lit. Son humeur dépendait de ce que le journaliste annonçait. En ce jour d’automne, aucun événement ne lui parut digne d’intérêt. Pas de catastrophe, aucune tuerie, aucune actualité politique… À peine parlait-on de tensions en banlieue et de l’éruption d’un volcan, sur une île lointaine. Rien de bien angoissant; au contraire, il imaginait les plages paradisiaques et le gros cône de roche qui crachait cendres et lave. Pas de morts, pas de blessés, tout était sous contrôle.

    Le lieu allait peut-être devenir une destination pour touristes: Martin, comme tant d’autres, était fasciné par ces violences de la Terre. Le phénomène naturel le plus violent qu’il ait vécu devait être un orage. Pas même une tempête, un gros orage d’été, quelques litres d’eau balancés au hasard, un peu de vent, une poignée d’arcs électriques.


    Projet abandonné.

  • Présidentielle

    Présidentielle

    Une jeune inconnue ambitionne de devenir présidente de la République Française


    – Vous vous souvenez des affaires de dopage dans le cyclisme? À l’époque, j’avais lu un article de journal qui établissait le podium du Tour de France, mais en éliminant tous ceux qui avaient été mêlés à des affaires. Du coup, tous les favoris giclaient et c’étaient presque que des inconnus.

    – Et alors?

    – Alors, a-t-il expliqué, c’est pareil en politique. Tu prends les ministres de Micron: de Miaule bouffe du homard aux frais de l’État, Richard Ferronnier a fait du conflit d’intérêts, Marilyn vend ses bouquins au frais du ministère…

    – C’est un secrétariat, a précisé Thomas.

    – C’est la même chose. Et il y a tous ceux qui ont été à la direction des grands groupes. Et c’est pas mieux chez la concurrence: La Peine a détourné de l’argent européen, Bénichon a aussi eu une affaire d’emplois fictifs, et avant il y avait François Dairche qui salariait sa femme et DLC qui tringlait des femmes de chambre.»


    Ça se passe de commentaires…

    Pas disponible, désolé.

  • Alleingang

    Alleingang

    le peuple helvète en vaisseau spatial


    Oppidum princeps, périphérie de la planète Braccata

    Quintus était forcé d’admettre que son chasseur n’était pas pire qu’un autre. Ni plus lent ni moins maniable, semblable à tous ceux qu’il avait essayés. Les commandes réagissaient correctement, les affichages fonctionnaient. Seule son apparence était problématique. À tel point que Quintus avait cherché un moyen de l’envoyer à la casse. Sans succès.

    Ses camarades ne se privaient pas de lui rappeler l’état déplorable de son appareil ; ils l’avaient surnommé «  la tôle  », ce qui n’était pas immérité. Il était bosselé et rapiécé de partout, le flanc gauche gardait une horrible cicatrice, là où l’ennemi avait frappé. Et, pour couronner ces défauts, il portait encore les restes de la vieille infamie, les traces de peinture blanche et rouge, que seuls le temps et les blessures avaient effacés. Les défaites nous font grandir, disait son père, chercher à les oublier, c’est se passer des leçons qu’elles nous offrent.

    Même sans son chasseur, personne ne pouvait ignorer qu’il était le fils de Labienus, un motif suffisant pour qu’il soit le bouc émissaire de sa centurie. Il blâmait ce tas de ferraille bosselé et coloré, hérité de son père. Sa famille lui avait fait croire que c’était un honneur d’avoir reçu un appareil aussi chargé d’histoire. Les soldats avaient un autre point de vue.


    Publié dans le recueil Futurs Insolites – Laboratoire d’anticipation helvétique
    Éditions Hélice Hélas

    couverture Futurs insolites
    couverture Futurs insolites