le peuple helvète en vaisseau spatial
Oppidum princeps, périphérie de la planète Braccata
Quintus était forcé d’admettre que son chasseur n’était pas pire qu’un autre. Ni plus lent ni moins maniable, semblable à tous ceux qu’il avait essayés. Les commandes réagissaient correctement, les affichages fonctionnaient. Seule son apparence était problématique. À tel point que Quintus avait cherché un moyen de l’envoyer à la casse. Sans succès.
Ses camarades ne se privaient pas de lui rappeler l’état déplorable de son appareil ; ils l’avaient surnommé « la tôle », ce qui n’était pas immérité. Il était bosselé et rapiécé de partout, le flanc gauche gardait une horrible cicatrice, là où l’ennemi avait frappé. Et, pour couronner ces défauts, il portait encore les restes de la vieille infamie, les traces de peinture blanche et rouge, que seuls le temps et les blessures avaient effacés. Les défaites nous font grandir, disait son père, chercher à les oublier, c’est se passer des leçons qu’elles nous offrent.
Même sans son chasseur, personne ne pouvait ignorer qu’il était le fils de Labienus, un motif suffisant pour qu’il soit le bouc émissaire de sa centurie. Il blâmait ce tas de ferraille bosselé et coloré, hérité de son père. Sa famille lui avait fait croire que c’était un honneur d’avoir reçu un appareil aussi chargé d’histoire. Les soldats avaient un autre point de vue.
Publié dans le recueil Futurs Insolites – Laboratoire d’anticipation helvétique
Éditions Hélice Hélas



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